EA 4080 : Linguistique espagnole



L’intégration de la composante “Linguistique espagnole”, dirigée aujourd’hui par Corinne Mencé-Caster, à l’EA 4080, s’est faite en janvier 2010 à la suite du constat d’une convergence thématique entre latinistes, romanistes et hispanistes. M.-F. Delport dirigeait alors la composante hispanique. Les recherches de la composante s’articulent en trois volets :

  • un volet « Analyses de Langue » qui relève en quelque sorte de la recherche « fondamentale », puisque les travaux qui s’y inscrivent visent à isoler, dans l’entier des informations que peut transmettre un message, l’apport sémantique du mot en faisant le départ entre ce qui est apporté par la situation, ce qui est dû à la phrase et ce qui provient du mot lui-même.
    Des études menées jusqu’à présent, il ressort que l’information dans le signifié d’un mot ou d’un morphème s’organise selon des schémas récurrents. L’objectif est donc de cerner ces schémas, ces opérations de pensée, qui président à la structuration du sens et d’établir les mécanismes qui permettent de passer du niveau linguistique au niveau référentiel.
    Le cadre théorique dans lequel s’inscrivent ces études est guillaumien. Le postulat qui les sous-tend est double : 1. la langue forme un réseau de systèmes de représentations qui reflètent la découpe du réel que notre pensée a opérée, ce qu’elle en a retenu et la manière dont elle a structuré ce qu’elle en a retenu ; 2. le signifiant témoigne du résultat de cette découpe et de cette structuration.
    Le projet vise à poursuivre en ce sens. La dimension diachronique, elle aussi, continuera d’être largement présente dans les travaux à venir, tout de même que la dimension contrastive. Comme par le passé donc, nombre de travaux aborderont leur objet comme la résultante d’un processus dynamique d’évolution du latin aux langues romanes, processus dont la singularité ne peut être pleinement établie que par contraste (espagnol, catalan, portugais…).
  • un volet « Pragmatique », à la frontière entre langue et discours, qui s’intéresse au versant pragmatique de l’argumentation. Les travaux menés ont pour objectif d’apporter une contribution au recensement systématique des « mots du discours » qui fondent les opérations argumentatives de la langue espagnole. Le cadre théorique de ces travaux qui sont consacrés essentiellement aux connecteurs est celui de la pragmatique intégrée d’Oswald Ducrot, et plus précisément de la théorie de l’argumentation dans la langue, élaborée avec Jean-Claude Anscombre, sans oublier les apports des philosophes anglo-saxons du langage (Austin, Searle, Grice) et les travaux de l’école de Genève (E. Roulet, J. Moeschler). Tout en se réclamant de la pragmatique, cette approche cherche, en outre, à interroger le signifiant et à toujours dépasser la multiplicité des emplois (effets de sens) pour parvenir à une description unique de chaque morphème (le sens). La perspective diachronique sera là encore exploitée, comme en témoigne la programmation à l’automne 2013 d’un colloque dont le thème, « Le devenir des connecteurs du latin à l’espagnol », permettra de réunir hispanistes et latinistes parmi lesquels : Maria Antonia Martín Zorraquino (universidad de Zaragoza), Christian Boix (université de Pau), José Portolès (universidad autónoma de Madrid), Anna Orlandini (université de Toulouse), Alessandra Bertocchi (université de Bologne)….
  • et enfin un volet, « Traductologie et traduction », développe naturellement la dimension contrastive évoquée plus haut, puisqu’il s’agit d’établir, dans une perspective essentiellement « sourcière », une systématique raisonnée des écarts de traduction. Les études menées montrent là encore que par delà la diversité des langues, il est possible de réduire ces écarts à une série de mécanismes (figures de traduction), lesquels viennent confirmer les opérations de pensée qui structurent les systèmes linguistiques romans et permettent de dégager la spécificité de chacun d’eux. Ce volet dans sa partie « traduction » se propose de mettre à l’épreuve les enseignements théoriques de la partie « traductologie » et d’aller ainsi plus avant dans la voie récemment ouverte par Jean-Claude Chevalier avec la publication de son ouvrage « Traduire à l’ancienne »,Paris, Editions Hispaniques, 2011, 305p.

Les différents volets des travaux de la composante hispanique s’adressent prioritairement au monde de la recherche (chercheurs, doctorants, futurs doctorants). Mais les résultats obtenus ont de fait une portée plus large, puisqu’ils contribuent à l’amélioration de la formation que nous dispensons aux étudiants qui s’orientent vers d’autres voies que la recherche (traduction, interprétariat, enseignement..), formation qui, en dernière instance, doit leur assurer une réelle maîtrise des langues acquises et, plus largement, leur permettre d’user du langage en conscience selon leurs besoins (persuader, convaincre, suggérer,…).

L’équipe hispanique se réunit à l’occasion du séminaire hebdomadaire (mercredi de 17h à 19h) animé par Marie-France Delport à l’Institut hispanique (31 rue Gay Lussac, salle 13). Ce séminaire, ouvert aux étudiants de Master 1 et Master 2, est l’occasion pour ceux-ci de s’initier à la recherche et de participer aux discussions qui suivent les communications qui y sont présentées, par :
- les doctorants qui exposent l’avancée de leurs travaux ;
- les doctorants étrangers accueillis dans le cadre Erasmus ;
- les enseignants-chercheurs de l’équipe ou extérieurs à elle qui exposent leurs thèmes de recherche.
Ce séminaire, dont la vocation première est la formation puisque part des séances est consacrée à la présentation critique des concepts théoriques qui sous-tendent les travaux des membres de l’équipe (la notion de système, la subduction, l’incidence ….), est aussi un lieu privilégié de circulation de l’information (annonce de séminaires, de colloques, de manifestations susceptibles d’intéresser les membres de l’équipe).

En amont de ce séminaire, la mise en place du parcours « Linguistique et traduction » qui va de la 2èmeannée de licence jusqu’au M2 témoigne de l’implication des enseignants-chercheurs de l’équipe dans la formation. Ce parcours offre aux étudiants des regards divers sur la langue et permet à ceux qui s’orientent vers la recherche d’opter pour le domaine qui les intéresse le plus dans l’éventail qui leur est proposé (linguistique d’inspiration guillaumienne, pragmatique, traductologie et traduction).

Dans le cadre de l’EA 4080, les hispanistes participent au projet ANR DHELL (Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin dirigé par Mme Fruyt en fournissant des données sur la descendance espagnole des lexèmes latins traités dans le dictionnaire.

Par ailleurs, au sein de l’Institut d’Etudes Ibériques, l’équipe via deux de ses membres (Maria Jimenez et Elodie Weber) participe au projet « Cinco décadas de cuento mejicano », projet dont on trouvera le détail sur le site www.arts-history.mx et où sont engagées les universités suivantes : Universidad Nacional Autónoma de Méjico (UNAM),Universidad Autónoma de la ciudad de Méjico, Sapienza. Università di Roma, University of Liverpool, University of Leeds, Université de Paris Sorbonne-Paris IV (CRIMIC-SAL). Ce projet, dont la réalisation se poursuivra dans les années qui viennent, a d’ores et déjà permis à plusieurs groupes d’étudiants de licence (1ère, 3èmeannée) et de Master de s’initier à la traduction.